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Un débat sur l'Empire

Yann Moulier Boutang

Cher Brian, cher Laurent

Indépendamment du bouquin de Wiliam Blum certainement intéressant  (
Derrida avait également médité sur la notion d'Etat voyou),
rappelons qu'il y a intrinsèquement dans tout Etat ( y compris
démocratique, républicain, tempéré, européen, européen du Nord) de la
voyoucratie latente. A commencer par le concept même de "raison d'Etat"
d'utilisation quasiment universelle sur cette planète.
Même des "modèles" de gestion raisonnable de l'Etat comme la Suède  ont
produit quelques règles de gouvernement par l'eugénisme de la
population qui va très loin et qui ont de quoi frémir.
Après la question est  de minimiser la voyoucratie vers laquelle l'Etat
est conduit par ses propres rouages ( la souveraineté étant l'un deux
même si elle se travestiut en souveraineté populaire de la volonté
générale rousseauiste).

Certes, certes on peut penser résoudre un problème  ( ou en tout cas
hâter sa résolution)  un problème par une phrase et un mot.
Sortons de l'Empire  ( ce serait le symétrique parodique du célèbre
chant napoléonien, "veillons au salut de l'Empire" ( le premier Empire
s'entend)
Encore faut-il que ce mot soit productif .

Ainsi l'expression "sortons de l'Empire" peut avoir plusieurs sens ( et
justifications).
L'un est performatif  : je dis  "je sors de l'Empire" et le disant j'en
sors ( que ce soit parce que je le dis que cela se produit ou parce que
cela se produit que je le dis et accompagne cet événement).

L'autre est moraliste ou prescriptif ( je vous dit qu'il faut sortir de
l'Empire) qui souligne le hiatus avec la réalité, et un diagnostic sur
cette volonté sera de  souligner que la prescription morale est
inversement proportionnelle à son degré de réalisation. ce serait
prtécisément par ce que l'Empire s'avère comme l'horizon indépassé de
notre temps que la volonté ( de compensation) pose le dépassement comme
un impératif moral.

Le premier cas , évidemment intéressant, suppose que soit identifié la
sortie et que la puissance (potentia) de ce qui sort est elle-même
auto-formatrice de ce dans quoi ou vers quoi l'on sert.

Le second : sortons de l'empire parce que "çà" sort déjà  (dans le
style cynique ou hégélien,  si c'est un grand désordre feignons d'en
être les organisateurs )  suppose que ce çà soit identifié et que
l'acte qui participe de cette sortie soit identifiable. Ainsi le 11
septembre sort-il de l'Empire ?  Nous avons plutôt tendance à penser
qu'il consomme au contraire l'Empire et ses monomiaqueries en créant
l'ennemi imaginaire au niveau global ( même si'il est bien réel à des
niveaux locaux et subalterne).

Le troisième est inquiétant : car il indiquerait que  plus les
perspectives de sortie réelle s'éloignent plus les invocations(
conjurations) morales poussent comme des champignons avec le même
destin que celui de la rosée.

La provocation trontienne '"dedans et contre" m'apparaît plus
productive
Dans tous les cas ce type de slogan à l'emporte pièces ( du style il
n'y a rien à sauver de l'Amérique ou d'une Europe américanisée) quels
concepts à la grosse pelle ou tout cas pas avec le dos de la cuillère,
me parait non pas aider à sortir de l'empire mais empirer la sortie.

bien à vous

yannmb

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